L'Ortie, une amie qui pique mais qui vous veut du bien

À la fois reminéralisante, utile pour la prostate, riche en vitamines, antianémique… L’ortie est une excellente alliée de votre santé !

Tout le monde sait reconnaître les orties. Les feuilles, opposées par deux, d’un beau vert (sombre pour la grande ortie et plus tendre pour l’ortie brûlante), sont attachées à une tige de section quadrangulaire. Elles sont ovales, plus ou moins allongées selon les espèces, fortement dentelées et munies de poils, les fameux poils qui piquent ! En fait, ces poils sont de minuscules et fragiles ampoules qui renferment des acides, comparables à ceux contenus dans le venin de certains insectes ou serpents, substances particulièrement efficaces pour lutter contre de nombreux maux.

On utilise surtout les feuilles pour en faire de la soupe, des tisanes, de la gelée, de la liqueur… Les racines sont à la base de lotions antirhumatismales ou destinées à faire repousser les cheveux.

Les principes actifs


Les scientifiques ont découvert de nombreux principes actifs : acides gallique, acétique et formique ; flavonoïdes, histamine, sérotonine, tanins et phytostérols ; acétylcholine (vasodilatateur puissant des capillaires)… inutile d’être bien savant pour constater que les orties concentrent de la chlorophylle à l’état brut !
Or la chlorophylle n’est pas seulement un colorant, c’est un reconstituant et un antibactérien dont la constitution chimique est proche de l’hémoglobine du sang. Les orties sont aussi très riches en oligo-éléments : potassium, manganèse, soufre, silice, calcium, fer…

D’innombrables indications

Dans l’ortie, les concentrations en vitamines A, C et du groupe B sont particulièrement intéressantes pour les problèmes de peau, de stress ou de déprime, de fatigue sexuelle ou intellectuelle, de chute de cheveux, ainsi que pour les difficultés à cicatriser ou se désintoxiquer de l’alcool, les infections ORL à répétition.

Mais les autres principes actifs renforcent encore ces indications. Tonique et astringente, dépurative et anti-infectieuse, diurétique et antirhumatismale, l’ortie prévient la plupart des maux les plus courants et les soulage : goutte, arthrose, anémie, troubles circulatoires et digestifs, transit intestinal irrégulier, infections urinaires, ulcères gastriques… Fournier, l’auteur du Livre des Plantes Médicinales et Vénéneuses de France, ouvrage de référence des phytothérapeutes,  précise que l’ortie est antidiabétique et que, de plus, elle "compte parmi les meilleurs stimulants connus des sécrétions stomacale, pancréatique, biliaire et intestinale".

En outre, l’ortie possède deux qualités assez rares : elle est galactogène (c’est-à-dire qu’elle active la lactation des jeunes mères) et elle est souvent efficace contre l’énurésie des enfants (pipi au lit) ! Cela fait quand même un joli palmarès, pour une herbe réputée mauvaise… et méchante !

Un peu de botanique

Les orties font partie de l’ordre des urticales dans lequel on trouve les ormes, le houblon… et le cannabis. Singulières classifications scientifiques ! La famille des orties proprement dite est celle des urticacées qui comprend environ 700 espèces.

Les orties les plus communes en Europe ont sensiblement les mêmes caractéristiques : leurs piqûres sont urticantes (d’où leur nom : urere signifie brûler en latin) et elles sont dotées de propriétés semblables :
Urtica dioïca ou grande ortie : elle peut dépasser 1,50 mètre. On la trouve dans les terrains incultes, les friches, les ruines. Longues racines rampantes.
Urtica urens ou petite ortie : on l’appelle aussi ortie des jardins ou ortie brûlante. Plus petite que la précédente, elle est un peu moins répandue. Elle fleurit pratiquement toute l’année.
Urtica atrovirens : endémique à la Corse. Ses feuilles sont plus larges que la dioïca.
 Urtica pilulifera ou ortie romaine : commune sur le pourtour de la Méditerranée. Elle fut longtemps cultivée pour ses graines oléagineuses. Ses bords ne sont pas dentelés.
 Urtica membranacea ou ortie à membranes : on la trouve en Provence et en Bretagne. Elle a des sortes de rubans sur lesquels sont disposées les fleurs. Cette espèce (surtout à cause de ses graines) est considérée comme encore plus aphrodisiaque que les précédentes. A vérifier.

 

Le saviez-vous ? 
L’Ortie et les Libertins

Dire que Rome a conquis son empire, de Londres à Cologne
et de Bruxelles à Tunis, grâce aux orties, serait sans doute  exagéré. 
Toujours est-il que les légionnaires, le matin, avant l’entraînement ou le combat,
se fouettaient mutuellement avec des orties : cela les réchauffait et les stimulait.
Mais l’élite romaine avait découvert une autre utilité aux orties :
les dignes sénateurs et autres riches patriciens, avant de s’adonner à
la débauche, se faisaient flageller par leurs esclaves.  

Il faut dire que les substances urticantes, celles contenues dans les "poils",
sont vasodilatatrices des capillaires sanguins
et ont aussi une action sur le système nerveux.

Et, comme liqueur aphrodisiaque, ils dégustaient une macération de feuilles d’orties
dans un vin de raisin sec.  On pourrait obtenir une recette semblable
en utilisant un vin "doux" ou "cuit" de type Rivesaltes, Samos, Porto, etc.
Pour en revenir à l’utilisation externe des orties, la flagellation a perduré
puisque
le Marquis de Sade, grand spécialiste en la matière, décrit des scènes
on ne peut plus exagérées sur cette pratique. Aujourd’hui,
les adeptes de l’amour sado-maso perpétuent cette curieuse tradition !

Ménopause et prostatisme

Conseillée pour lutter contre les rhumatismes, la fatigue, la baisse du désir sexuel, les problèmes digestifs et pour lutter contre la déminéralisation et l’ostéoporose – grâce à sa richesse en silice et en calcium –, l’ortie pourrait donc être considérée comme l’une des plantes à consommer régulièrement dès qu’apparaissent ces troubles, c’est-à-dire dès l’âge de 45 ans.

Mais les vertus de l’ortie ne s’arrêtent pas là. Certains auteurs la recommandent pour lutter contre les troubles de la ménopause : bouffées de chaleur, maux de tête, baisse de la libido. Cela s’explique par ses principes actifs connus mais aussi par une possible action sur le système hormonal féminin.

Et les hommes, quant à eux, ne devraient pas non plus hésiter à en faire régulièrement des cures de tisanes. Une étude récente a montré que les racines d’orties réduisaient jusqu’à 70 % une hypertrophie de la prostate. Cette efficacité serait due à une substance encore mal définie mais dont on a pu observer l’action sur la concentration d’androgènes libres (hormones sexuelles masculines). Cette action sur la sphère génitale ajoutée aux effets de l’acétylcholine et des autres constituants (vitamines, oligo-éléments…) fait dire à certains que l’ortie serait, de plus, un véritable aphrodisiaque.

Orties et agriculture

Le purin d’ortie est utilisé non seulement comme engrais mais aussi comme insecticide. Il est très facile à obtenir : il suffit de laisser tremper une brassée d’orties dans un arrosoir pendant une semaine puis de filtrer. Il a un seul inconvénient : l’odeur. Surtout quand on pulvérise. Mais la puanteur de purin disparaît au bout d’un quart d’heure. Savoir souffrir un peu pour un beau jardin !

Autre application moins connue : quelques cultivateurs de plantes médicinales ou aromatiques intercalent un rang d’orties entre chaque rang de plantes, ce qui augmente considérablement le rendement en huiles essentielles et en arômes.

L’infusion d’orties

Dans 1 litre d’eau qui vient de bouillir, verser 60 grammes de feuilles. Laissez infuser 10 à 15 minutes. Filtrez. Réchauffez sans bouillir avant de servir. Sucrez avec du miel. Pour lutter contre tous les maux décrits aux paragraphes précédents.

Décoction de racines

Dans 1 litre d’eau bouillante, versez 60 grammes de racines. Laissez bouillir 10 minutes. Filtrez. Pour lutter contre les problèmes de prostate et les rhumatismes. Il est possible de faire cette même décoction avec des feuilles et des racines. Buvez-en entre les repas, pendant au moins 2 jours.

L’usage externe

  • - Contre les rhumatismes : frottez les parties douloureuses avec un "bouchon" d’orties. Selon l’Abbé Kneipp, célèbre phytothérapeute du XIXe siècle, c’est très efficace. Personne autour de moi n’ayant voulu faire l’expérience, je ne peux pas confirmer…
  • - En gargarisme : la décoction est efficace contre le muguet, les aphtes, les saignements de gencives.

La macération alcoolisée

Dans 1 litre d’eau-de-vie, laissez macérer pendant 15 jours près d’une source de chaleur (soleil), 60 grammes de racines et 60 grammes de marjolaine (ou de romarin). Agitez tous les jours. Filtrez. Cette lotion s’utilise en frictions sur le cuir chevelu pour stimuler la repousse des cheveux. Elle serait aussi efficace contre les cheveux gras et les pellicules.

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 L’ortie en salade

Les meilleures sont les jeunes pousses printanières qui surgissent très tôt en saison. Sur les orties "mûres", c’est-à-dire de la fin du printemps jusqu’en décembre, préférez les jeunes feuilles. Trempez-les dans l’eau, trempez-les dans l’huile quelques minutes, ou laissez-les pendant une demi-journée à l’air libre pour ramollir leurs piquants.

Elles seront finement coupées et assaisonnées (avec de la bonne huile d’olive bien sûr !) comme une salade. Ou bien vous pouvez les mélanger à. une laitue, ou mieux encore à des pissenlits.

 L’ortie à la cuisson

Elle se cuisine comme l’oseille, le cresson ou les épinards qui l’ont supplantée il y a moins de 400 ans. On l’associe donc à des pommes de terre, éventuellement à des pissenlits (comme dans la recette de la salade au lard), on ajoute quelques épices (marjolaine, basilic ou coriandre…) et, pourquoi pas, un peu de crème fraîche.

Les médicaments à base d’ortie

  • • On trouve de la poudre de plante sèche en gélules sous différentes marques mais il y a bien d’autres préparations pharmaceutiques qui utilisent les orties.
  • • C’est sans doute les homéopathes qui font le plus appel aux orties puisque Urtica urens est un remède très utilisé en interne (granules) et en externe (crèmes). Les médecins homéopathes la prescrivent pour tous les problèmes de peau, notamment dus à une allergie. Urtica urens soigne aussi l’eczéma, les brûlures, les intoxications alimentaires suite à une ingestion de fruits de mer. Autres champs d’application : les rhumatismes, les névralgies et, chez la femme, certains troubles génitaux ou urinaires ainsi que l’allaitement.
  • • Dans le domaine vétérinaire, on trouve l’ortie dans des médicaments galactogènes et vermifuges. Mais pourquoi ne pas mélanger directement de l’ortie au fourrage ? L’expérience a été tentée à plusieurs reprises avec succès : les vaches et les juments donnent plus de lait.

Fausses orties et vraies amies

Plusieurs plantes ressemblent aux orties. Elles sont aussi dotées de propriétés médicinales. Les enfants les confondent, parlant d’orties blanche, jaune, rouge ou puante.

L’ortie blanche ou lamier : le lamier ressemble tant à l’ortie que les enfants s’amusent à arracher les fleurs sous les feuilles pour faire peur à leurs camarades. Le lamier est une plante très utile aux femmes, notamment pour régler la plupart des problèmes gynécologiques.
Les orties rouges sont aussi des lamiers (Lamium maculatum ou Lamium purpureum), aux fleurs d’un beau rose vif ou violet. Leurs vertus sont pratiquement les mêmes que celles du lamier blanc.
L’ortie puante ou stachys des bois : elle ne pique pas non plus mais sent, comme son nom l’indique, très fort. Ses fleurs culminent au sommet de la tige et sont jaunes. Le stachys, utilisé plutôt pour les femmes en période de ménopause, est aussi conseillé contre les problèmes nerveux. Il aurait de plus la propriété de limiter les bourdonnements d’oreilles. Il existe plusieurs espèces de stachys aux propriétés semblables.

Un tissu d’orties

La grande ortie contient une fibre qui a été utilisée à plusieurs reprises au cours des siècles pour faire des filets, des sacs, des tricotages… Durant la Première Guerre mondiale, devant la difficulté d’approvisionnement en coton et en chanvre, l’ortie a été utilisée de façon industrielle pour la fabrication de tentes, de chaussettes… Mais bien que le fil d’ortie soit souple et soyeux, cet usage, pour des raisons économiques, n’a pas survécu.

© 2015 Leduc.s Éditions - Les plantes qui guérissent, Sophie Lacoste

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